Les ONG africaines passent à l’offensive
Frank Kodbaye
Posted Wed 23:01 GMT
Le ton est dur. Les phrases formulées sont directes. Et la détermination se lit dans les regards des rares délégués africains présents au Forum mondial de la société civile, travaillant dans le domaine de l’environnement.
“Il est temps de mondialiser les problèmes de déforestation en Afrique”, a déclaré, d’un ton péremptoire Traoré Wodjofini, président de la "Fédération panafricaine des associations et clubs de l’Union africaine", une ONG très active dans le domaine de l’environnement en Côte d’Ivoire et dans plusieurs autres pays
africains.
Traoré et ses collègues qui ont suivi très attentivement la session de ce forum consacré à l’environnement, au commerce et au Développement durable se déclarent prêts à saisir cette occasion afin de poser les vrais problèmes environnementaux. Le plus important, pour eux, est la déforestation en Afrique dont on parle peu à cause de la "complicité avérée des gouvernements concernés (Cameroun, Côte d’Ivoire, Congo, Gabon) et les exploitants forestiers".
Traoré tient à crier haro sur les responsables de la déforestation à ce Forum mondial de la société civile. Il insiste en disant: “ en mondialisant le problème de la déforestation en Amazonie, par exemple, les décideurs du monde entier y prêtent attention maintenant. Nous devons faire de même”.
Pour y arriver, Traoré propose de travailler en réseau dense et varié entre les ONG du nord et celles du sud. Le grand test de ce futur réseau sera le sommet de Johanesbourg où la société civile du monde entier devrait s’employer à vaincre les tergiversations et les hésitations des Etats face aux catastrophes environnementales actuelles et à
venir.
Pour donner une illustration de l’ampleur du danger, Traoré cite le cas de son pays, la Côte d’Ivoire, qui avait quinze millions d’hectares de forêts en 1960 et qui se retrouve aujourd’hui avec moins de deux hectares de forêts quarante ans après. “Des actions concrètes s’imposent”, affirme l’ivoirien qui préconise le reboisement à grande échelle, de grandes campagnes de sensibilisation des populations concernées par la déforestation et l’imposition de cahiers de charges rigoureux aux exploitants forestiers qui ne font rien pour régénérer les forêts africaines qu’ils dévastent".
Madeleine Ngo Louga du Cameroun préconise les mêmes solutions et insiste sur l’urgence des actions à entreprendre. Présidente de l’ONG "Health and Environment Program" basée au Cameroun, Mme Louga a payé de sa poche le voyage à Genève afin de faire entendre sa voix. Elle se déclare lasse de travailler à distance avec ses partenaires étrangers qui, parfois, ne réalise pas la taille du drame. ”Il est préférable de se retrouver face à face pour mettre nos stratégies au clair et faire valoir le point de vue de l’Afrique qui est toujours minoritaire dans les grandes rencontres”, constate
t-elle.
Pour elle, ce forum est la grande chance pour les ONG africaines de s’imposer et d’obtenir dans un futur proche "un statut d’interlocuteurs respectés dans leur pays".
Sous l’impulsion de Traoré et de bien d’autres, les leaders des ONG africaines se concertent en coulisses et semblent déterminés à faire entendre un autre son de cloche que celui de la résignation.
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