Boutros Boutros-Ghali (OIF): "Mondialisons la démocratie"
Kamel Bouzeboudjenm, Reporters sans frontières
Posted Mon 20:04 GMT
Boutros Boutros-Ghali, Secrétaire Général de l’Organisation
internationale de la francophonie (OIF), était présent lundi matin à la séance
inaugurale du Forum mondial de la société civile. Il a plaidé pour une plus
grande démocratisation. Entretien.
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"A
l'heure où les nations entendent se mobiliser contre le terrorisme, l'intolérance et les guerres, il nous faut puise, dans la philosophie
des ONG, cette aspiration commune à vitre ensemble, à agir ensemble, à coexister dans un dialogue harmonieu."
--Boutros Boutros-Ghali, Ex Secrétaire général des
Nations Unies et Secrétaire général des la Francophonie.
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Qu'attendez-vous du Forum?
La mondialisation est un phénomène irréversible que nous devons démocratiser
si nous ne voulons pas qu’elle dénature la démocratie nationale. Comme vous
avez une mondialisation de l'économie, des problèmes de l'environnement et du
terrorisme, vous devez aussi avoir une mondialisation de la démocratie. Un des
moyens d'obtenir une démocratie internationale, c'est justement une plus grande
participation des organisations non gouvernementales. Les ONG ont un rôle à
jouer mais je ne dis pas que ce seront les seuls acteurs non étatiques.
C’est-à-dire?
Vous avez d'autres acteurs non étatiques comme les maires des grandes villes, les universités, les multinationales. Il faut faire participer ces dernières
aussi, quel que soit le danger que peut représenter cette participation. D'où
l'importance des organisations non gouvernementales dans ce cadre-là. Toutefois, la participation des ONG du nord dans la gestion de la mondialisation risque
d'affaiblir le sud.
Pour quelles raisons?
La plupart des organisations non gouvernementales se trouvent dans le nord, les
pays riches. Par contre, il y a si peu d'organisations non gouvernementales dans
les pays pauvres que cette participation des ONG du nord peut rendre faible le
sud. On risque ainsi d’aggraver le fossé qui va séparer le nord du sud. Donc, il faut faire attention de ne pas accentuer la division du monde entre un monde
riche et un monde pauvre à travers les ONG. Nous ne devons pas contribuer à l'élaboration
d'un nouveau mur, de type numérique, lequel serait plus tenace que le mur en béton
qui séparait Berlin-est de Berlin-ouest.
Nous passons d'un système multipolaire à un système unipolaire. Comment évoluera
le monde après ce passage?
Les relations internationales passent actuellement par une phase très difficile
due à un nouvel unilatéralisme. Mais ce n'est pas une raison de ne pas persévérer.
Nous ferons de notre mieux pour contribuer à la démocratisation des relations
internationales et à la celle de la globalisation. Cela peut se faire à
travers les organisations non gouvernementales.
Comme je l'ai mentionné, les ONG ne sont pas les seuls acteurs. Nous devons
trouver d'autres acteurs non étatiques. Cela doit être clair, il ne faut pas
sous-estimer le rôle des Etats.
Que devront-ils faire?
Les Etats vont continuer à jouer leur rôle dans les relations internationales.
Mais pour les encourager et obtenir plus d'implication de leur part dans les
affaires internationales, il faut résoudre un problème important: l'opinion
publique n'est pas intéressée par les faits internationaux, elle préfère les
affaires intérieures. Nous devons lui expliquer que demain les problèmes
locaux d'un Etat ne peuvent pas être réglés à un niveau local, mais dans une
approche internationale. Voyez les problèmes des mafias transnationales, du
terrorisme international, des prix des matières premières et de
l'environnement. Tout se passe dans un cadre international. Comment convaincre
alors l'opinion publique des différents pays qu'il doit s’impliquer? Si vous
êtes en Afrique vous devez vous intéresser à ce qui se passe au Nicaragua. Si
vous vivez au Nicaragua, vous devez vous intéresser à ce qui se passe au Benin
ou au Mali. Et c'est là que réside le rôle des organisations non
gouvernementales: avoir le soutien de l’opinion publique.
Download Boutros Boutros-Ghali's original opening speech from Monday:
 15.01_ghali_boutros_boutros.doc
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