Allocution de Manuel Tornare, Conseiller administratif et ancien Maire de la ville de
Genève
Genève, 19 juillet 2002—Forum Mondial de la
Société Civile
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Monsieur le Président du Comité d'organisation,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Je suis très heureux d'être parmi vous, ce soir, pour la
clôture du premier "Forum mondial de la société civile".
Heureux à double titre: comme conseiller administratif, tout d'abord,
puisque la Ville a. apporté son plein soutien à l'organisation et
aux travaux de votre forum; comme ami et militant, ensuite, parce que, depuis
plusieurs décennies, mon engagement "sur le terrain", s'est fait au sein
d'associations qui sont autant de relais entre la population, les
administrations et leurs autorités.
Genève, qui vous a accueilli pendant les quelques jours de ce forum,
a été - et est toujours - un lieu d'accueil
privilégié des organisations de ce que nous appelons,
aujourd'hui, la société civile.
L'engagement de la Ville de Genève en faveur de la
société civile est un engagement déterminé, qui se
poursuivra au delà des travaux de ce forum. II est fondé sur un
choix politique auquel nous tenons.
Cette volonté politique est en effet à la base de
l'activité et du rayonnement de la Genève internationale. Elle
est inscrite au cœur de cet esprit de tolérance et de paix qui
anime notre ville et notre canton suisse depuis plusieurs siècles. Elle
perpétue une tradition de tolérance et de solidarité qui
trouve son aboutissement dans un dialogue permanent, fécond,
engagé tant avec les grandes organisations internationales qu'avec tous
les partenaires de la société civile.
Tous les grands traités internationaux de l'après guerre,
toutes les grandes avancées diplomatiques dans les domaines des droits
humains et de la paix, sont le résultat d'actions
déterminées, résolues, menées par des organisations
non gouvernementales. Genève, avec Henry Dunant, a joué un
rôle de premier plan, dès la fin du 19e siècle,
dans la création de la Croix-Rouge et dans l'adoption des
Conventions de Genève.
Ce sont en effet des "militants" de la société civile,
réunis autour d'Henry Dunant, qui sont à l'origine du droit
humanitaire international et ont permis à notre ville de devenir un lieu
de négociation et de paix.
Cet engagement "civil" se manifeste maintenant dans tous les domaines de
l'activité internationale.
C'est à Genève que les organisations de défense des
droits de l'enfant ont pu préparer, il y a douze ans, l'adoption de la
Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant.
C'est à Genève, toujours, que le Comité pour l'Appel de
Genève enjoint, aujourd'hui, les mouvements armés à
rejoindre la Convention d'Ottawa sur l'interdiction des mines antipersonnelles.
Tous ces textes, toutes ces actions résultent des efforts et des
initiatives d'organisations civiles qui, offrant leurs analyses et leurs
propositions, ont insufflé et insufflent à la communauté
internationale un esprit de réforme.
Je pourrais avancer bien d'autres exemples.
La société civile a désormais rang de puissance
émergente: elle a un rôle de plus en plus important à jouer
à côté des institutions officielles, au niveau national
comme au niveau international. Elle est la marque de la diversité et du
pluralisme de nos sociétés démocratiques actuelles.
Sociétés à l'égard desquelles votre rôle
est triple:
- interpellation et sensibilisation de l'opinion publique;
- réveil des consciences - votre rôle de vigie;
- participation à l'élaboration des politiques.
Ainsi que le rappelait récemment Kofi Annan, le secrétaire
général des Nations Unies, c'est la société civile
qui crée la démocratie et non pas l'inverse.
Une société civile forte favorise la responsabilité
citoyenne et permet un fonctionnement démocratique des Etats, des
régions et des villes.
Une société civile faible favorise l'autoritarisme, affaiblit
la démocratie.
Nous savons tous par expérience que l'Etat, que les grandes
organisations internationales, ne peuvent à eux seuls prendre en charge
un développement durable et équitable, dans un cadre de paix et
de respect des droits humains, sans la participation, indispensable de la
société civile.
Le forum de Genève, je l'espère, va donner une impulsion
nouvelle à vos engagements. Vous avez souhaité coordonner vos
actions, mieux établir les partenariats avec les organisations
internationales, en particulier avec les organismes et agences des Nations
Unies. Vous avez souhaité participer aux processus décisionnels,
afin que les gouvernements et les autorités publiques cessent de
commettre les mêmes erreurs.
Continuez à nous faire partager votre volonté d'identifier les
besoins- et les priorités futures dans un monde où, trop
souvent, les motivations économiques, la loi du marché, ont pris
le pas sur le désir de changer la vie.
Soyez utopistes autant que pragmatiques. Vous portez dans vos cœurs et
dans vos esprits un choix de civilisation qui respecte et promeut la
dignité de tous les humains. Merci d'honorer le pacte
démocratique en faisant preuve au quotidien de lucidité et de
générosité.
Pour paraphraser A. Camus: “Opter pour un autre monde ce n’est
pas forcément le changer, mais d’éviter qu’il ne se
détruise.”
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