Paroles de bienvenue de François Nordmann, Ambassadeur, chef de la
Mission permanente de la Suisse près les organisations
internationales
Genève, 14 juillet 2002—Forum Mondial de la
Société civile
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Monsieur le Président,
Excellences,
Monsieur le Directeur Général de l'Office des Nations Unies,
Madame la Présidente du Conseil d'Etat,
Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs, chers participants au Forum
Je suis très heureux de prendre la parole à l'ouverture du
Forum Mondial de la société civile pour vous souhaiter la plus
cordiale bienvenue en Suisse au nom des autorités
fédérales.
La Suisse se réjouit d'accueillir sur son territoire une grande
manifestation qui a pour objet de favoriser la coopération
internationale, renforcer l'impact des organisations non gouvernementales,
faire mieux connaître le système des Nations Unies et y
intégrer les peuples autochtones. A quelques jours de l'entrée
formelle de la Suisse aux Nations Unies, voulue par le peuple et les cantons,
votre présence ici prend une valeur symbolique accrue que je me plais
à relever.
Les buts que vous allez poursuivre au cours de votre séjour en Suisse
ne sont pas entièrement inédits dans mon pays, siège de
l'un des mouvements non gouvernementaux parmi l'un des plus anciens au monde.
Je veux parler du Mouvement international de la Croix rouge et du Croissant
rouge et des organismes qui la constituent dont le CICR. Voilà une ONG
exemplaire pour la société civile, qui incarne l'idéal et
la force de l'apport de simples citoyens aux relations internationales.
C'est bien de cela qu'il s'agit: comment définir le rôle
croissant que jouent les ONG dans l'action concertée des Etats, telles
que nous les rencontrons dans la campagne contre les mines antipersonnel, la
lutte contre le SIDA, l'engagement en faveur du développement durable,
les droits de l'homme, l'éducation?
Les Etats demeurent les acteurs de la vie internationale et les facteurs de
paix et de sécurité dans un monde caractérisé par
l'insécurité, les inégalités et les bouleversements
dus à la mondialisation. Comme le relevait ici même M. Kofi Annan,
Secrétaire Général de l'ONU, le mois dernier, dans son
discours à l'Institut universitaire des hautes études
internationales, les Etats se doivent d'être forts, ce qui ne veut pas
dire qu'ils doivent être coercitifs; les Etats doivent être forts
pour relever les défis que leur imposent les déséquilibres
issus du processus de la mondialisation et faire échec à
l'agression, assurer la protection de leurs citoyens et leur fournir des
services sociaux. Mais il ajoutait: "Les Etats doivent s'imposer à
nouveau en tirant légitimité et vigueur de nouvelles sources.
Nombre d'objectifs que l'Etat s'assigne aujourd'hui ne peuvent être
atteints qu'en associant d'autres acteurs non pas tant à leur corps
défendant que comme véritables partenaires. Le secteur
privé, les organisations bénévoles et les groupes de
pression, les universités" et d'autres institutions contribueront
à la "satisfaction des besoins de la collectivité pour autant que
l'Etat les inspire, les persuade, négocie avec eux et bien entendu, les
écoute au lieu de chercher à les contraindre.
Il en va encore plus ainsi au niveau international où les Etats
doivent également s'allier tous ces différents acteurs non
étatiques et travailler avec eux la main dans la main."
La Suisse est bien consciente de cette exigence de la vie internationale
contemporaine. Elle pratique ce dialogue qui est fondamental et institué
entre ses diverses composantes et les associations de droit privé qui
sous-tendent la vie publique. Les groupements d'intérêts divers
peuvent manier des instruments tels que l'initiative ou le referendum et leur
inclusion dans des mécanismes établis de consultation leur
garantissent un accès à l'administration et une influence sur la
décision politique, par exemple dans le secteur de la politique
étrangère, qui a sans doute peu d'équivalent au monde. Ce
sont les forces vives de notre démocratie directe.
II
La société civile n'est donc pas en quête de sa
légitimité mais elle recherche les moyens d'intégrer mieux
sa voix dans les délibérations des Etats.
Elle les trouvera à la condition de veiller avec rigueur à
répondre elle-même aux critères les plus
élevés de la transparence, de la démocratie interne et de
l'indépendance. Une ONG qui se veut partie prenante de la vie
internationale doit pouvoir rendre des comptes, respecter ses statuts et faire
fonctionner ses organes sans heurts. Elle doit également tendre vers
l'efficacité, élargir son impact et son autorité morale,
ce qui signifie souvent coordonner son action avec d'autres et aborder les
problèmes avec objectivité. Les Etats sont fondés à
demander aux ONG ce qu'elles représentent vraiment.
Lorsque ces conditions sont remplies, la société civile
participe pleinement à la préparation et à la mise en
œuvre des politiques de coopération internationale et son apport
est reconnu. Il deviendra vite indispensable. C'est aujourd'hui un partenaire
majeur et incontournable des états et des organisations inter
étatiques mais qui ne saurait se substituer à eux.
III
Vous allez vous attacher au cours de ce Forum à "ouvrir un espace de
dialogue entre les organisations de la société civile, les
organisations internationales, les Etats et le secteur privé" et je vous
félicite d'avoir choisi de le faire en Suisse. Le terrain y est
prédisposé, et nous sommes fiers d'accueillir avec l'Office des
Nations Unies, les institutions spécialisées du système
des Nations Unies et l'OMC le centre le plus important de négociations
diplomatiques multilatérales.
Un des moyens les plus modernes qui vous permette de faire entendre votre
message, échanger vos vues, vous informer, alerter l'opinion et
correspondre avec les gouvernements et les organisations internationales s'est
développé à partir d'une découverte
effectuée à Genève: les Nouvelles Technologies de
l'Information et de la Communication sont l'illustration d'une
coopération bien maîtrisée entre secteur public, secteur
privé et société civile. Elles mettent à votre
disposition un instrument unique, et j'observe sur mon écran que vous y
recourez avec aisance. Genève, où a été mis au
point ce qui est devenu le World Wide Web à partir de recherches
accomplies au CERN - Centre européen de la Recherche Nucléaire-
s'apprête à accueillir la première phase du Sommet Mondial
de la Société de l'Information en décembre 2003.
Le gouvernement suisse s'est engagé en faveur de cette
conférence internationale non seulement parce qu'il mesure le potentiel
sociologique, technique, politique de ces nouvelles technologies mais aussi
parce qu'il y voit une voie privilégiée pour
accélérer le développement, notamment dans les domaines
des communications, de l'éducation, de la santé publique et du
commerce. Mais si la diplomatie suisse s'est montrée très active
autour de ce projet, c'est également parce qu'elle veut saisir cette
occasion pour associer de façon optimum tous les acteurs des
réseaux que forment aujourd'hui les Etats, l'ONU et les Organisations
Internationales, les ONG, la société civile au sens large et le
secteur privé. Avec son effet multiplicateur, c'est une chance unique
à exploiter dans une problématique qui nous concerne tous et
c'est un exemple que je voudrais livrer à votre méditation.
Je vous réitère les vœux chaleureux de bienvenue pour
vos assises sur le sol suisse de la part du Conseil fédéral et je
forme mes vœux les meilleurs pour que vos débats renforcent la
coopération entre tous ceux qui portent la responsabilité de la
vie internationale.
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