Allocution de Mme Micheline Calmy-Rey
Genève, 14 juillet 2002—Forum Mondial de la
Société civile
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Monsieur le Président du Comité d’organisation, Monsieur
le directeur général de l’office des Nations-Unies à
Genève, Monsieur l’ambassadeur, Monsieur le maire de
Genève,
Mesdames et Messieurs,
Au cours de son histoire, Genève a défendu vaillamment ses
libertés, mais le canton a toujours aspiré à une influence
spirituelle plutôt que territoriale. Cette affinité avec le
progrès des idées, cette volonté d’ouverture, ont
fait de notre cité un haut-lieu du protestantisme, le laboratoire des
révolutions du XVIIIème siècle, le berceau de la
Croix-Rouge et des organisations internationales.
Métropole de l’espérance, cette Genève
multiculturelle, qui aime la différence et qui sait l’accueillir
est un symbole fort dans un univers qui peine à trouver le chemin du
dialogue. Le Forum Mondial de la Société Civile s’inscrit
donc, avec une certaine logique, ici, à Genève. Je tiens à
remercier ses organisateurs et je lui souhaite, au nom du gouvernement
genevois, une solennelle et cordiale bienvenue.
Le Forum Mondial veut intensifier la coopération internationale,
notamment au sein des organisations de la société civile des
différentes régions et domaines d’activités, mais
aussi, avec l’ensemble du système des Nations Unies. Droits
humains, développement durable, promotion de la paix, de la
santé, droit à l’alimentation et à
l’éducation, société de l’information, le
Forum mise sur une approche transversale de ces thèmes cruciaux pour
l’avenir de l’humanité.
Cette plate-forme inédite ouvre un espace de dialogue entre les
acteurs de la scène internationale, et c’est à la question
“Comment faire mieux ensemble?” que veut répondre le Forum
Mondial en approfondissant la connaissance mutuelle, en élaborant des
stratégies et des projets communs. Ce rapprochement devrait permettre
à la communauté internationale, mais aussi aux autorités,
aux secteurs public et privé, de gagner en efficacité et en
cohésion. Pour mieux collaborer, pour mieux participer, les acteurs de
la société civile veulent comprendre d’avantage le monde
des organisations internationales, ses mécanismes, son agenda, ses
travaux, et ses préoccupations.
L’impulsion du Forum en faveur de la communauté internationale
est d’autant plus utile à l’ère de l’ouverture
accélérée qui suscite des remous et de vives
inquiétudes dans les populations, ouvrant la porte aux slogans
simplistes et démagogues. Avec la mondialisation, l’ouverture des
frontières est brutale, certains déséquilibres
économiques et sociaux s’aggravent, les barrières tombent,
les habitudes et les certitudes vacillent. Nous éprouvons le besoin de
quelque certitude, d’un socle de valeurs fondamentales et
partagées, de réflexion approfondie, et de moyens
d’interventions concrets en faveur d’échanges plus
équitables.
Le Forum Mondial de la Société Civile ne souhaite pas
débattre pour le plaisir du verbe, il veut au contraire défricher
les routes pour les rendre praticables, surmonter les obstacles, ouvrir de
nouveaux territoires de compréhension. Il fait appel aux
responsabilités individuelles et collectives, il est une chance
d’éloigner de nos collectivités le désenchantement
qui les menace, et de changer les choses. En s’engageant
résolument pour la mise en commun des expériences citoyennes, et
la réalisation de projets d’intérêt public concrets,
il investit le terrain pratique au-delà des dogmes, il souhaite devenir
un passeur d’idées sans préjugés, un facilitateur,
un contributeur de solutions, un facteur d’équilibre dans un monde
marqué par les inégalités.
Dans cet esprit, la cohérence est un objectif prioritaire. Or,
actuellement trop de divergences minent la crédibilité. Si
l’on affirme que l’éducation est un axe incontournable du
développement, alors, les montants d’aide à
l’éducation ne devraient pas diminuer. Si l’on
plébiscite les droits humains, alors, on ne peut prôner la
privatisation de services publics quand cette dernière revient à
mettre en danger la possibilité de se nourrir pour certaines populations
du monde.
Garantir le droit à l’alimentation, à
l’éducation, à la sécurité suppose des
politiques concertées, nécessite de veiller à ce que les
actions s’accordent aux discours, le contraire finit par jeter le
discrédit sur l’action de la communauté internationale tout
entière.
Or, la défiance et la suspicion engendrent le désarroi et la
rancœur, parfois, même la douleur des peuples. Et la douleur
collective conduit toujours au désespoir et à la révolte.
Mesdames et Messieurs, progresser vers davantage de justice entre les
peuples, rapprocher les points de vues, capitaliser les expériences et
les faire fructifier au bénéfice de la solidarité et de la
justice dans le monde, le Forum vise haut, et il vise loin. Il a une haute
idée de l’humain, et du progrès, et je lui souhaite plein
succès sur cette route de l’espérance.
Merci.
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