Discours du Secrétaire général de l'Organisation
Internationale de la Francophonie, Monsieur Boutros Boutros-Ghali, et
I'ouverture du Forum Mondial de la Société Civil
Genève, 15 juillet 2002—Forum Mondial de la
Société civile
See also: Audio
Monsieur le président,
Monsieur le Directeur général
de I'ONU à Genève,
Monsieur le Secrétaire
général de la CNUCED,
Excellences,
Mesdames et Messieurs les
Délégués,
C'est un grand plaisir, pour moi,
d'être, aujourd'hui, parmi vous, pour
I'ouverture de ce premier Forum mondial
de la société civile.
Ce n'est pas un hasard si
Genève, - où se côtoient
chaque jour organisations intergouvernementales et
organisations non gouvernementales, - a pris
I'initiative de ce grand rendez-vous de
la société civile.
Et je voudrais, en commençant,
féliciter très chaleureusement les
organisateurs, et plus particulièrement M.
Sébastien ZIEGLER entre nous
connaissons tous I'engagement actif, I'engagement
généreux en faveur des
organisations non gouvernementales.
Si j'ai tenu à être des
vôtres, aujourd'hui, c'est d'abord pour vous dire combien la place
et le rôle de la société civile dans la coopération
internationale ont toujours été essentiels a mes yeux, tant comme
Secrétaire général des Nations Unies que comme
Secrétaire général de I'Organisation internationale de la
Francophonie.
C'est pour vous dire, aussi, combien le rôle de la
société civile, dans le contexte de la mondialisation, est devenu
déterminant. Car la mondialisation nous oblige de revoir, en profondeur,
nos modes de réflexion et d'action. Elle nous oblige, en particulier,
repenser les liens entre le local et le global.
C’est là, vous le savez, une perspective qui s'inscrit dans le
puissant mouvement de reconnaissance du rôle de la société
civile sur la scène internationale, tel qu'il s'est dessiné,
depuis les années 1990, a la faveur des conférences mondiales des
Nations Unies, puis a la lumière de la redéfinition des enjeux de
la mondialisation, a la suite de la Conférence de I'OMC a Seattle.
Vous constituez, bien sûr, des liens privilégiés entre
les instances politiques et les peuples. Vous avez, a ce titre, un rôle
indispensable de médiation, de relais, de courroie de transmission
à jouer.
Bien plus, le travail de terrain que vous accomplissez au niveau local, dans
tous les domaines, ce travail, vous êtes souvent les seuls à
pouvoir I'accomplir, à vouloir I'accomplir et à savoir
I'accomplir. A cet égard, vous êtes des acteurs incontournables de
la coopération internationale.
Mais vous êtes, aussi, I'expression de I'inventivité, de la
créativité, de la réactivité de la
société face à des états et a des Nations souvent
dépasses par l'évolution des idées et des relations
internationales.
Vous êtes sans doute, à I'heure actuelle, parmi les acteurs non
étatiques les plus innovants de la société internationale.
Vous êtes enfin, et avant tout, le gage de la participation effective
des citoyens, le gage du fonctionnement démocratique a l'échelle
internationale.
J'ai eu I'occasion, à maintes reprises, de dire tout I'importance que
j'attache à I'impératif de démocratisation, non seulement
à I'intérieur des états, mais aussi entre les
états.
Nous sommes entres, aujourd'hui, dans l'ère d'une
société tout à la fois globale et transnationale. Et la
mondialisation de l'économie doit aller de pair avec la mondialisation
de la démocratie.
II nous faut donc réfléchir à un monde qui prenne en
compte, non seulement la volonté des états, mais aussi les
aspirations des acteurs économiques, culturels et sociaux.
Vous avez, dans cette perspective, un rôle essentiel à jouer
comme nouveaux acteurs de la vie internationale.
Et il nous faut, dans cette même perspective,
imaginer, tous ensemble, de nouveaux modes
de concertation et, en particulier,
une nouvelle génération d'organisations
internationales. Des organisations qui
englobent à la fois des acteurs
gouvernementaux et des acteurs non
gouvernementaux, des acteurs publics et des
acteurs privés.
A cet égard, la Francophonie offre
un exemple original d'une relation
forte et évolutive entre les
états et la société
civile. Sans la Francophonie des
militants et des mouvements associatifs, la
Francophonie des états et des
gouvernements n'aurait pas vu le jour.
La plus ancienne organisation
internationale non gouvernementale de la
Francophonie, -I'Union internationale de la
presse francophone-, est née il y a plus
de50 ans. Elle tiendra ses 34e
Assises e Genève, au début du
mois de septembre prochain.
Aujourd'hui, I'Organisation internationale de
la Francophonie comprend effectivement, à
été de son Agence
intergouvernementale, plusieurs opérateurs non
gouvernementaux: I'Agence universitaire de
la Francophonie, I'Université Senghor
d'Alexandrie, I'Association internationale des
maires francophones et même une
télévision internationale, TV5 Monde,
qui est actuellement la seule
télévision fondée sur une
base multilatérale.
La Francophonie s'est également
dotée d'une Assemblée Parlementaire
qui s'est d'ailleurs réunie à Berne,
la semaine dernière, à I'initiative
du Parlement suisse.
Parallèlement à cet effort
d'intégration harmonieuse de la
société civile à I'OIF, notre
institutiona une longue et forte tradition
de partenariat avec les ONG, qu'elles
soient locales ou internationales.
C'est vrai dans le cadre de
la concertation internationale. C'est le
cas actuellement, par exemple, pour la
préparationdu Sommet de Johannesburg
sur le Développement durable ou pour
celui de Genève- Tunis sur la
Société de I'information.
C'est vrai, aussi, au plan de
la coopération. C'est ainsi que
nous collaborons avec nombre d'ONG dans
ces grands domaines d'intervention de
la Francophonie que sent: la
diversité linguistique et culturelle,
le développement socio-économique, la
promotion de la justice et des
droits de I'homme, l'éducationet la
formation, I'appropriation des technologies de
I'information et de la communication.
C'est dans cet esprit, également,
que nous avons mis en place un
mécanisme de dialogue et de relations
institutionnelles avec la société
civile. Ce mécanisme repose, en
particulier, sur une conférence
biennale et sur un comite permanent
de suivi des ONG internationales.
C'est dire combien nous serons
attentifs à vos débats, à vos
travaux, à vos propositions.
Cela étant, j'ai bien conscience
que votre tâche n'est pas
toujours aisée. Car les moyens
financiers et logistiquesdont vous disposez
sont souvent insuffisants.
Que votre coopération avec les
gouvernements et les organisations internationales
reste, parfois, en deçà de
vos aspirations.
J'ai bien conscience, aussi, des
questions fondamentales qui se posent
à vous, en termes de
représentativité, d'équilibre
Nord-Sud, d'indépendance, de cohérence.
Car ce sont les conditions essentielles
à I'affirmation du rôle original
de la société civile dans un
monde qui soit, à la fois,
véritablement solidaire, démocratique et pluriel.
En effet, que vaudrait une
société civile internationale qui
tendrait à refléter les
inégalités entre les nations
et à reproduire les modèles
dominants?
Mais je sais, dans le même
temps, la force, la conviction et
la détermination qui vous animent,
I'enthousiasme, la spontanéité et
I'altruisme qui vous caractérisent.
Bien des grandes causes internationales
-de I'environnement au développement, des
droits de I'homme à la promotion
des femmes- se sent imposées grâce
à votre action.
Je sais, également, la force
de coalition et de mobilisation que
vous représentez.
Je sais la capacité que
vous avez de conjuguer les exigences
de I'unité et de la diversité.
Vous avez donc vocation à nous
donner une plus exacte mesure, une
plus juste conscience des grands enjeux
contemporains.
C'est pourquoi je me réjouis
vivement d'être à vos
côtés, aujourd'hui. Et je voudrais
former le vœu que votre Forum;
ouvre la voie à une participation,
à part entière, de la
société civile à la
concertation et à la coopération
internationale.
Une participation qui soit, non
seulement pleinement acceptée, mais
plus encore souhaitée par les uns
comme par les autres.
Une participation propre à enrichir
un dialogue des civilisations fonde
sur de nouvelles formes de civilité.
Car, à I'heure où les nations entendent se mobiliser contre le
terrorisme, I'intolérance et les guerres, il nous faut puiser, dans la
philosophie des ONG, cette aspiration commune à vivre ensemble, à
agir ensemble, à coexister dans un dialogue harmonieux.

Je vous souhaite donc le plus
grand des succès dans vos travaux.
|